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IPMSH - Projets
 Catherine Fournier, Questions internationales, cath_92@hotmail.com
Benjamin Roy, Questions internationales, benjioo8@hotmail.com 123e mise à jour opérée dimanche 04 décembre 2011 sur la section conclusion.
Le Québec, depuis la Conquête de 1760, avait toujours été en proie à l’anglicisation de sa population par des tentatives d’assimilation de la part des Anglais. Toutefois, la Révolution tranquille renverse la situation avec les premières législations linguistiques qui mènent à l’adoption de la Charte de la langue française en 1977. À ce moment, on croit la question réglée : le Québec est et restera un territoire francophone en Amérique du Nord. Près de trente-cinq ans plus tard, on est loin de ce constat. En effet, depuis quelques années, l’anglicisation de la métropole est frappante et les différents rapports tendent à constater que le phénomène déborde de la seule ville de Montréal pour s’étendre partout dans la province, c’est pourquoi nous en sommes venus à considérer l’anglicisation du Québec comme sujet de recherche.
La documentation que nous avons pu consulter jusqu’à maintenant, tant en bibliothèque que sur Internet, tend à montrer que l’anglicisation du Québec est un phénomène bien connu et largement traité et ce, depuis les premiers jours de la Conquête anglaise de 1760. Ainsi, nous disposons de sources d’informations riches et variées.
Pour débuter notre recherche, il nous est apparu important de dresser un portrait de l’évolution de la langue française au Québec, c’est pourquoi nous avons d’abord choisi des ouvrages sur le sujet.
Le premier ouvrage traite des 400 ans d’histoire et de vie de la langue française au Québec. Il vise à mieux faire comprendre aux lecteurs comment et pourquoi la langue française est devenue avec le temps le symbole identitaire, l’élément rassembleur, le facteur de cohésion et de développement de la société québécoise. L’ouvrage aborde tour à tour les quatre grandes phases de l’histoire du français au Québec : le statut royal (1608-1760), la langue sans statut (1760-1850), le statut compromis (1850-1960) et, finalement, la reconquête du français (1960-2000).
La première partie sur le statut royal de la langue nous apprend que c’est en Nouvelle-France, et non en France, que le français s’impose d’abord comme langue commune. C’est également au cours de cette période que naît l’identité canadienne, au dépend de l’identité française. La deuxième partie de l’ouvrage couvre la période où la langue se retrouve, au lendemain de la Conquête, sans statut officiel. Toutefois, dans les faits, c’est l’usage du français qui est toujours le plus courant, puisque les Canadiens restent majoritaires sur le territoire et que par conséquent, les Anglais se voient dans l’obligation de communiquer avec eux en français, en plus du fait qu’ils craignent la soif d’indépendance de leurs sujets, possiblement influencés par les révolutions française et américaine. Cependant, cette ouverture ne se manifeste pas longtemps, les tentatives d’assimilation se succédant ensuite ouvertement et à grand rythme. Le point culminant de cette résolution d’anglicisation survient en 1840 lors de l’union des deux Canadas. Montréal est déjà à ce moment un bastion de domination anglophone. La troisième partie s’intéresse quant à elle au statut de la langue après la Confédération, qui donne enfin au français un statut politique et juridique. C’est toutefois un piège, car l’anglais ne tarde pas à l’emporter sur le français partout au Canada, et même au Québec. C’est alors que l’engagement des nationalistes canadiens-français va gagner en importance, menant à la Révolution tranquille qui mettra fin au sous-développement de la société québécoise. C’est sur la période qui suit cette coupure que porte la quatrième partie de l’ouvrage. La langue française devient dès lors symbole de mobilisation générale, dont l’instauration de la Loi 101 en sera l’apogée, avec les référendums sur la souveraineté de 1980 et 1995. On soulève toutefois le contexte toujours difficile de Montréal où mondialisation et immigration n’aident pas la cause française.
En définitive, cet ouvrage du Conseil de la langue française est sans contredit très riche en informations pertinentes concernant la situation historique du français au Québec. En revanche, il se penche moins sur les enjeux actuels, si ce n’est que brièvement dans la quatrième partie et ce, sans compter que sa publication remonte à plus de dix ans, ce qui le rend par conséquent un peu moins approprié à notre recherche [1].
Dans le deuxième ouvrage, Chantal Bouchard retrace en grande partie l’histoire de la langue française au Québec. Elle vise à expliquer à quel point la question linguistique québécoise est unique dans le monde occidental, la façon dont les rapports entre les Québécois ont évolué ainsi que les raisons qui les ont rendus si complexes. Elle se penche d’abord sur la culture, la langue et son identité, puis sur l’histoire de la langue française au Québec en élargissant à celle de ses habitants de 1760 à 1970 ainsi qu’à la rivalité opposant les francophones aux anglophones et pour finalement aborder la situation québécoise à trois moments charnières, c’est-à-dire avant et après la Seconde Guerre mondiale, puis la Révolution tranquille.
Le premier chapitre fait état de la culture québécoise en identifiant le rôle joué par cette dernière pour dégager une identité si différente des aux autres groupes culturels. La deuxième partie couvre l’histoire de la langue française au Québec de ses origines vers son évolution. Les troisième, quatrième et cinquième chapitres traitent eux aussi de l’histoire, mais cette fois-ci dans une perspective sociale en retraçant le vécu de la population québécoise de 1760 à 1970 ainsi qu’en abordant la rivalité opposant le «Canayen» et l’Anglais. Ces chapitres font entre autres état de la détérioration du français au profit de l’anglais en raison des tentatives d’assimilation des Anglais. Dans les deux derniers chapitres, Chantal Bouchard aborde l’avant et l’après Deuxième Guerre mondiale pour montrer comment cette dernière avait mis en veilleuse les préoccupations nationales ainsi que la question linguistique dans la tête des Canadiens français. Elle traite ce faisant des rapports entre les Anglais et les Français au Canada et de ces derniers avec l’Église catholique. Le tout dernier chapitre expose pour sa part l’influence de la Révolution tranquille sur la société québécoise.
L’ouvrage de Chantal Bouchard remplit bien ses objectifs en ce sens qu’il offre une vision explicative de l’évolution de la situation linguistique au Québec en cernant la complexité des rapports entre francophones et anglophones et de l’histoire qui lie ces derniers. En revanche, cet ouvrage ne couvre pas très concrètement l’évolution du fait anglais par rapport au fait français au Québec. Un peu plus de chiffres faisant état de la situation du français auraient également été souhaitable pour rendre le tout plus tangible. Ainsi, je ne crois pas que cet ouvrage sera d’une grande utilité pour notre recherche, mais il est certain qu’il pourrait devenir plus pertinent si nous décidions d’inclure une dimension historique à notre travail, car c’est son point fort [2].
Finalement, il est clair que dans la documentation rencontrée, le point de mire est placé sur Montréal, puisque le phénomène de l’anglicisation y a toujours été plus inquiétant. Il devient alors intéressant de se pencher sur la question en regard de la province toute entière. Également, nous avons pu constater que les études se centrent beaucoup sur la scolarisation et l’immigration pour expliquer le déclin du français au Québec, tandis que d’autres causes comme l’impact des médias ne sont pratiquement pas abordées.
[1] PLOURDE, Michel (dir.), Le français au Québec : 400 ans d’histoire et de vie, Montréal, Fides, 2000. 515 p.
[2] BOUCHARD, Chantal, La langue et le nombril. Histoire d’une obsession québécoise, Montréal, FIDES, 1998. 303 p.
Nous posons par conséquent la question suivante : quel rôle jouent les médias dans le phénomène de l’anglicisation du Québec et dans quelle mesure y contribuent-ils ?
Bien que d’autres facteurs puissent expliquer l’anglicisation du Québec tels que l’affaiblissement progressif de la loi 101 ou encore l’attrait que présente l’anglais pour les nouveaux arrivants, il nous apparaît qu’en raison de l’omniprésence des médias dans notre société, ces derniers exercent nécessairement une grande influence dans la vie des Québécois en ce sens qu'ils peuvent promouvoir l'usage d'une langue ou d'une autre et que, de ce fait, ils contribuent à leur anglicisation. En effet, étant donné la situation linguistique particulière du Québec en Amérique du Nord et donc de l'offre élevée de contenu médiatique anglais, nous croyons que les Québécois qui consomment ces médias tendent de plus en plus à utiliser cette langue aux dépends de la leur. Ce phénomène, nous le croyons, est encore plus fréquent depuis l’avènement des médias dits « sociaux », de la popularité grandissante de la messagerie texte et des jeux vidéos interactifs, car ces derniers ne se contentent plus de strictement présenter du contenu anglais, mais amènent les individus à interagir et à communiquer dans cette langue, une communication qui s'étendrait par la suite, selon nous, à la sphère publique.
Variable indépendante : le rôle spécifique des médias dans l’anglicisation
Variable indépendante : le phénomène de l’anglicisation au Québec
Par médias, nous entendons tous les moyens de communication et de diffusion d’informations.
Par anglicisation, nous entendons le phénomène consistant à abandonner la langue française pour la langue anglaise ou, à plus faible échelle, à incorporer fréquemment des locutions anglaises dans ses propos.
Par statut ou importance, nous voulons dire la place qu’occupe le type de média dans la vie des Québécois, que l’on peut mesurer à sa durée moyenne de consommation par semaine.
Par langue de communication, nous voulons dire la langue dans laquelle est présenté le contenu du média aux consommateurs en fonction du choix que font ces derniers, par exemple en établissant le degré de popularité de la télévision francophone versus anglophone auprès des Québécois.
Par langue d’interaction sociale, ou langue d'usage, nous voulons dire la langue qui est utilisée par les Québécois pour communiquer entre eux.
Par langue d’instruction, nous voulons dire la langue dans laquelle les élèves reçoivent leur éducation scolaire.
Par langue de travail, nous voulons dire la langue qui est utilisée pour le travail au sens strict.
Par espace public, nous entendons tous les endroits hors résidences privées, institutions scolaires et lieux de travail tels que les commerces, les restaurants ou encore tout simplement la rue dans des rapports ni familiaux ni amicaux.
1. Le rôle spécifique des médias dans l’anglicisation
1.1 Journaux
1.2 Magazines
1.3 Radio
1.4 Télévision
1.5 Cinéma
1.6 Internet
1.7 Médias sociaux (Facebook, Twitter, MySpace, YouTube, etc.)
1.8 Jeux vidéo
1.9 SMS
2. Le phénomène de l’anglicisation au Québec
2.1 À la maison
2.2 À l’école
2.3 Au travail
2.4 Dans l’espace public |